On parle beaucoup de ralentissement ces derniers temps.
Pourtant, je me demande parfois si nous parlons vraiment de la même chose.
Il y a quelques jours, j’assistais à un échange autour de l’entrepreneuriat dont le thème annoncé était justement le ralentissement. J’étais heureuse de voir ce sujet arriver sur la table. Je m’attendais à entendre parler d’écoute de soi, de rythme intérieur, de respiration, de la place du vide ou encore de cette capacité à sentir ce qui est juste avant même de pouvoir l’expliquer.
Or ce que j’ai entendu ressemblait davantage à autre chose.
Il s’agissait plutôt de :
faire la même chose en moins de temps ;
optimiser davantage ses processus ;
raccourcir certains accompagnements ;
gagner du temps pour soi ou pour son entreprise ;
devenir plus efficace.
Je n’ai rien contre cela.
J’aime moi-même énormément automatiser ce qui peut l’être. J’aime les outils qui simplifient la vie. J’aime éviter les détours inutiles. Je suis même plutôt douée pour cela.
Simplement, dans mon monde intérieur, cela ne s’appelle pas ralentir.
Cela s’appelle optimiser.
Et ce n’est pas tout à fait la même chose.
Le ralentissement dont j’ai envie de parler aujourd’hui est d’une autre nature.
Il ressemble davantage à une invitation à redevenir disponible à ce qui cherche à émerger en nous.
Ralentir ne m’est jamais venu naturellement
Je suis quelqu’un qui aime que les choses avancent. J’aime aller au bout de ce que j’entreprends. J’aime l’efficacité. J’aime lorsque les projets prennent forme rapidement.
L’impatience n’est jamais très loin.
Pendant les vingt et une années où j’ai vécu en Suisse, cela tombait plutôt bien. L’efficacité y est presque une seconde langue. Et je dois reconnaître que j’aimais beaucoup certains aspects de cette culture.
Puis je suis arrivée en Ardèche.
Et quelque chose a commencé à se déplacer.
Le rythme n’y est pas le même. Les saisons semblent y avoir davantage leur mot à dire. Les rencontres prennent parfois le temps de s’installer. Les conversations aussi.
Je ne dis pas qu’un rythme est meilleur que l’autre.
Simplement, pour quelqu’un comme moi qui a naturellement tendance à accélérer, ce nouvel environnement est devenu une aide précieuse.
Une sorte de contrepoids bienvenu.
Certaines choses ne deviennent audibles qu’en ralentissant
Depuis longtemps, une intuition revenait régulièrement me rendre visite.
L’impression que certaines choses importantes ne pouvaient être entendues qu’en ralentissant.
Notre joie profonde.
Nos véritables envies.
Nos élans.
Notre créativité.
Notre sagesse intérieure.
Lorsque je parle de sagesse, je ne parle pas d’être plus sage qu’un autre.
Je parle de cette capacité que nous avons parfois à nous relier à quelque chose en nous qui voit un peu plus large que notre mental inquiet, pressé ou préoccupé.
Une partie de nous qui sait.
Ou qui sent.
Et qui attend simplement que nous soyons suffisamment disponibles pour l’entendre.
Le ralentissement a parfois besoin d’être choisi
Le problème, c’est que cette disponibilité ne m’est jamais tombée dessus par hasard.
Je me suis progressivement aperçue que, pour moi, le ralentissement devait d’abord devenir une décision.
Une décision intérieure.
Presque un acte volontaire.
Car lorsqu’on aime que ça avance, lorsqu’on aime les projets, les idées, les possibilités, la vie trouve toujours quelque chose à remplir dans les espaces vides.
Le temps libre se remplit.
Les agendas se remplissent.
Les journées se remplissent.
Et un jour, on réalise que l’on ne sait plus très bien où écouter ce qui compte vraiment.
Alors j’ai commencé à chercher les conditions qui pouvaient favoriser ce ralentissement.
Pour certains, ce sera :
la méditation ;
le yoga ;
le tai-chi ;
le qi gong ;
la cohérence cardiaque ;
la marche ;
le jardinage ;
le silence ;
le contact avec la nature.
Pour ma part, ce sont surtout les pratiques créatives qui ouvrent cette porte.
- Dessiner.
- Écrire.
- Coller.
- Jouer avec des images.
Laisser les mains travailler un instant avant la tête.
Créer suffisamment d’espace pour qu’une autre forme d’intelligence puisse s’exprimer.
Écouter ce qui cherche à vivre
Au fond, la question qui m’habite n’est pas :
Comment devenir plus efficace ?
La question ressemble davantage à ceci :
Qu’est-ce qui cherche à vivre à travers moi ?
Et cette question-là répond rarement dans l’urgence.
Elle préfère :
les détours ;
les silences ;
les promenades ;
les moments où l’on cesse enfin de chercher des réponses partout à l’extérieur.
Le Jardin des Vivants
C’est aussi pour cela qu’est né le Jardin des Vivants.
Non comme une solution miracle.
Simplement comme un espace protégé où il devient plus facile de s’autoriser ce ralentissement.
Un rendez-vous avec soi-même.
Un temps où il n’y a rien à produire, rien à réussir, rien à prouver.
Simplement écouter.
Sentir.
Créer.
Et voir ce qui cherche à émerger.
Parce qu’il est parfois difficile de ralentir seul dans un monde qui accélère sans cesse.
Une question pour terminer
Qu’est-ce qui pourrait vraiment te donner envie de ralentir ?
Et peut-être plus encore :
De quoi aurais-tu besoin pour t’en donner la permission ?
Car il se pourrait bien que ralentir ne soit pas quelque chose qui nous arrive.
Il se pourrait que ce soit quelque chose que nous choisissions, un peu plus chaque jour, en créant patiemment les conditions qui lui permettent d’exister.


