Sois-toi-même, ne triche pas, emprunte ton propre chemin.

Ralentir quand tout s’accélère : et si on faisait STOP ?

Quand le sentiment d’urgence nous pousse à accélérer
Quand le temps se resserre, nous avons tendance à accélérer. À travers une expérience récente, j’explore un autre chemin : faire STOP, regarder et accepter ce qui est, puis choisir une action plus juste.

Fais circuler ce qui vibre 

Quand le temps se resserre, notre premier réflexe est souvent d’accélérer. Et si c’était précisément le moment de s’arrêter ?

Peut-être connais-tu ce moment où, tout à coup, le temps semble se resserrer. Une échéance approche, quelque chose doit absolument être fait et tu commences à calculer tout ce qui reste encore à caser dans les quelques jours, les quelques heures disponibles. Alors tu accélères. Peut-être que tes épaules se crispent, que ta respiration devient un peu plus courte sans même que tu t’en aperçoives. Et pendant que ton corps se tend, tu fais davantage, tu cherches des solutions plus vite, tu remplis chaque espace disponible. Comme si, en courant suffisamment vite, tu pouvais finir par rattraper le temps lui-même.

C’est exactement ce qui m’est arrivé il y a quelques jours.

J’avais décidé, dans un délai assez court, d’organiser une soirée pour faire découvrir le Jardin des Vivants, un espace d’accompagnement que je souhaite voir grandir peu à peu. J’avais envie d’y créer ce que je cherche à proposer dans mes accompagnements : un espace où l’on puisse ralentir, écouter ce qui est là, laisser émerger ce qui demande à vivre plutôt que chercher immédiatement une réponse. Au départ, il y avait surtout une envie, un élan. Puis une première personne s’est inscrite et, presque imperceptiblement, quelque chose a changé : puisque cette soirée allait avoir lieu, il fallait qu’il y ait un groupe. Il fallait communiquer davantage, inviter, préparer, trouver des participantes. Il fallait que ça marche.

Alors j’ai accéléré.

Et plus j’accélérais, plus le temps semblait se resserrer. Chaque chose accomplie en faisait apparaître une autre ; chaque action destinée à diminuer la pression semblait, étrangement, en ajouter un peu. Jusqu’au moment où un problème technique est venu mettre un grain de sable dans cette mécanique déjà lancée à toute vitesse : l’automatisation qui devait envoyer les informations de connexion aux personnes inscrites ne s’est pas déclenchée. Le soir venu, personne ne s’est connecté.

Après toute cette énergie dépensée, tous ces messages, toute cette préparation et cette pression que je m’étais mise… il n’y avait soudain plus rien à faire.

STOP.

Peut-être reconnais-tu quelque chose de toi dans cette histoire. Pas nécessairement l’organisation d’une soirée : ce peut être un dossier à terminer, un départ à préparer, une décision qui tarde, une situation personnelle qui ne se résout pas assez vite… Ce moment où la réalité et ce que tu voudrais qu’elle soit commencent à s’éloigner l’une de l’autre, et où ton premier mouvement consiste à faire davantage pour tenter de réduire l’écart.

Car derrière cette histoire somme toute assez banale — une échéance, trop de choses à faire, du stress et un imprévu — se cachait une question beaucoup plus intéressante :

Qu’est-ce qui se passe en nous lorsque la réalité n’est pas celle que nous voudrions qu’elle soit, et que nous essayons de combler l’écart en accélérant ?

Et si, à cet instant précis où tout en nous commande d’aller plus vite, le geste le plus juste était d’abord de nous arrêter ?

Quand le sentiment d’urgence nous pousse à accélérer

Quand l’urgence s’installe sans qu’on s’en aperçoive

Ce qui me frappe, en repensant à ces quelques jours, c’est que je n’ai pas décidé consciemment de me mettre sous pression. Je ne me suis évidemment pas levée un matin en me disant : « Tiens, et si aujourd’hui je transformais cette envie en urgence ? » Le glissement a été beaucoup plus discret.

Il y avait eu cette première inscription. Une bonne nouvelle, en apparence. Seulement voilà : dans mon esprit, une personne ne faisait pas un groupe. La réalité disait simplement : une personne est inscrite. Moi, j’entendais déjà : il n’y en a pas assez.

La différence paraît minuscule. Elle ne l’est pas.

Car quelque chose venait de changer dans ma manière de regarder la situation. Je n’étais plus tout à fait en train de préparer une soirée et de découvrir ce qu’elle allait devenir ; j’essayais désormais d’obtenir un résultat précis dans un temps qui, lui, ne pouvait pas s’allonger. Et lorsqu’un résultat nous semble soudain nécessaire, voire indispensable, tout ce que nous pourrions encore faire pour l’obtenir prend une importance nouvelle.

C’est là que j’ai commencé à multiplier les actions : communiquer davantage, publier sur les réseaux, envoyer des messages, inviter personnellement certaines personnes, vérifier les inscriptions, préparer la soirée… Chacune de ces actions avait sa logique et, prise séparément, aucune n’était absurde. Certaines étaient même exactement ce qu’il fallait faire. Ce qui avait changé était plus subtil : l’état intérieur depuis lequel je les accomplissais. Je n’étais plus seulement portée par l’envie de faire connaître ce que je proposais ; j’essayais de faire en sorte que la réalité corresponde à ce que j’avais désormais décidé qu’elle devait être.

Et peut-être est-ce là que l’urgence devient si difficile à repérer. Elle ne se présente pas forcément avec une sirène et un gyrophare. Elle peut prendre l’apparence très raisonnable d’une liste de choses à faire, toutes parfaitement justifiées. Un mail de plus. Un appel. Une dernière vérification. Juste encore ça.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez trompeur dans l’urgence : elle peut nous donner l’impression d’être terriblement efficaces. Elle concentre notre attention, mobilise notre énergie, nous fait accomplir en quelques heures ce que nous aurions parfois repoussé pendant plusieurs jours. Cette efficacité existe réellement. C’est peut-être justement ce qui rend le piège si convaincant.

Car pendant que nous avançons à toute vitesse, une autre mécanique peut se mettre en place : plus nous faisons, plus nous voyons ce qui reste à faire ; plus nous regardons l’échéance, plus elle paraît proche ; plus nous cherchons à maîtriser le résultat, plus l’incertitude devient inconfortable.

L’urgence appelle l’accélération. Et l’accélération peut, à son tour, nourrir l’urgence.

Quand l’accélération devient emballement

Tu connais peut-être cette sensation étrange : tu es très active et pourtant tu n’as plus vraiment l’impression d’avancer. Tu coches une case, deux nouvelles apparaissent. Tu termines quelque chose et, au lieu d’éprouver le soulagement attendu, ton attention se porte immédiatement sur ce qui manque encore. Même lorsque tu t’arrêtes physiquement, la machine continue de tourner quelque part dans ta tête.

C’est cela que j’appellerais l’emballement. Pas forcément une panique spectaculaire, ni un stress qui nous empêche complètement d’agir. Au contraire, extérieurement, nous pouvons sembler parfaitement fonctionnels. Nous faisons ce qu’il y a à faire. Nous avançons. Simplement, nous avons peu à peu perdu l’espace intérieur qui nous permettrait encore de nous demander si tout cela a du sens.

Et c’est peut-être là que se trouve le véritable signal d’alarme.

Pas dans la quantité de choses que nous faisons. Pas même nécessairement dans leur vitesse. Il existe des moments où il est parfaitement juste d’aller vite, de mobiliser beaucoup d’énergie, de décider et d’agir. La question serait plutôt : est-ce encore moi qui choisis d’accélérer, ou suis-je désormais emportée par le mouvement ?

Dans mon histoire, la réalité a fini par appuyer elle-même sur le frein. Un problème technique a provoqué l’arrêt que je n’avais pas su faire auparavant.

Pourtant, avons-nous toujours besoin d’attendre que quelque chose nous arrête ?

Cycle de l’urgence à l’action juste : accélération, emballement, STOP, acceptation et choix

STOP : retrouver un espace avant d’agir

Sur le moment, un arrêt n’a rien d’une jolie parenthèse méditative. Il peut y avoir de la colère, de la déception, de la frustration, l’envie de comprendre ce qui s’est passé — et surtout de trouver au plus vite comment réparer.

Notre vieux réflexe peut d’ailleurs revenir très rapidement frapper à la porte : Bon, comment est-ce que je rattrape ça ?

Reprogrammer. Relancer. Trouver une nouvelle date. Envoyer de nouveaux messages. Repartir.

Le STOP dont je parle n’est pas une méthode sophistiquée, encore moins une injonction à rester zen lorsque tout part de travers. Il consiste d’abord à ne pas répondre immédiatement à la pression par une nouvelle action. À laisser, même brièvement, un espace entre ce qui vient de se produire et ce que nous allons décider d’en faire.

Quelques minutes parfois. Une heure. Une nuit lorsque la situation le permet.

Juste assez pour que l’urgence cesse d’occuper tout le paysage.

Car tant que nous sommes dans l’emballement, nous cherchons surtout une réponse à la question : « Comment faire pour que ça marche ? »

En nous arrêtant, une autre question peut apparaître :

« Qu’est-ce qui est réellement là, maintenant ? »

Et cette question m’a ramenée vers quelque chose qui traverse tout mon été : l’acceptation de ce qui est.

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Accepter ce qui est : un fil rouge de mon été

Depuis le début de l’été, cette question revient régulièrement dans ma vie, mes réflexions et les espaces que je propose : que se passe-t-il lorsque nous cessons, au moins un instant, de lutter contre une réalité qui est déjà là ?

(Ici un article dans linkedin sur ce sujet : Et si j’arrêtais de vouloir que ce soit différent ?)

Je l’avais notamment expérimenté avant d’aller passer quelques jours chez mon père. Je savais qu’il y aurait certaines choses que je ne changerais pas, certaines habitudes qui pouvaient facilement m’agacer. Plutôt que d’arriver avec l’espoir plus ou moins conscient que cette fois les choses seraient différentes, j’avais essayé de me préparer à accueillir davantage la réalité telle qu’elle était et à chercher comment, moi, je pouvais vivre ce séjour au mieux à partir de cela.

Ce STOP-là avait eu lieu avant. Et il avait changé quelque chose à mon expérience.

Quelques semaines plus tard, avec cette soirée, j’ai fait presque exactement l’inverse. Je n’ai pas regardé suffisamment tôt la réalité qui se présentait ; j’ai essayé d’agir sur elle jusqu’à ce qu’un événement extérieur m’oblige à m’arrêter.

Deux situations très différentes, qui me ramènent pourtant à la même question : qu’est-ce qui devient possible lorsque nous commençons par reconnaître ce qui est là ?

Accepter ne signifie pas trouver que tout va bien

L’acceptation est un mot qui peut facilement prêter à confusion. Il peut évoquer la résignation, une forme de passivité, voire cette idée un peu agaçante qu’il faudrait accueillir avec sérénité tout ce qui nous arrive. Ce n’est pas ainsi que je l’entends.

Accepter ce qui est, c’est d’abord reconnaître ce qui est déjà là.

Nous pouvons être déçus, en colère, tristes, contrariés. Nous pouvons trouver une situation injuste, absurde ou profondément insatisfaisante. Toutes ces réactions peuvent avoir leur place. Elles ne changent simplement pas le fait que, pour l’instant, c’est cela qui est là.

Et pourtant, combien d’énergie pouvons-nous encore dépenser à lutter intérieurement contre quelque chose qui a déjà eu lieu ?

Tu as certainement connu, toi aussi, ces moments où les pensées commencent à refaire l’histoire : j’aurais dû… si seulement… pourquoi est-ce que je n’ai pas… ? Ou, tournées vers l’avenir : il faut absolument que je rattrape ça, que je trouve une solution, que je répare au plus vite.

Nous ne sommes alors plus seulement confrontés à une situation difficile ou décevante. Nous sommes également en lutte avec le fait qu’elle existe.

Accepter ne consiste pas à dire : « C’est très bien ainsi. » Il s’agit plutôt de pouvoir dire : « C’est ainsi, maintenant. »

La différence tient dans quelques mots et, pourtant, elle ouvre un espace immense. Car tant qu’une partie de notre énergie est occupée à vouloir que le présent soit différent de ce qu’il est déjà, nous disposons de moins de liberté pour choisir ce que nous voulons réellement faire à partir de lui.

Le STOP ne résout donc pas nécessairement le problème. Il nous redonne la possibilité de regarder avant d’agir.

Entre insister et renoncer, choisir un autre chemin

Entre insister et renoncer, il existe un autre chemin

Lorsque quelque chose ne fonctionne pas, nous avons facilement tendance à ne voir que deux possibilités : insister ou renoncer. Continuer à pousser dans la même direction, éventuellement plus fort, ou conclure que ce n’était pas la bonne voie.

Pourtant, entre les deux existe tout un territoire que l’urgence nous empêche souvent de voir.

Après la soirée manquée, j’aurais pu chercher immédiatement une nouvelle date et recommencer. Le problème était technique, la rencontre était préparée : d’un point de vue strictement logique, il suffisait presque de réparer ce qui avait dysfonctionné et de relancer la machine.

Seulement, en m’arrêtant, une autre évidence est apparue : je n’avais aucune envie de recommencer de cette manière.

Ce que j’avais vécu pendant ces quelques jours me renseignait sur quelque chose de plus important que l’échec d’une soirée. La pression d’un « lancement », la nécessité ressentie de réunir suffisamment de personnes dans un délai donné, cette impression qu’il fallait absolument obtenir un résultat m’avaient éloignée de la manière dont j’avais envie de faire naître le Jardin des Vivants.

Cela ne signifiait pas que je devais abandonner ce projet. Au contraire. Cela me permettait de distinguer le projet auquel je tiens de la manière dont j’avais essayé, momentanément, de le faire exister.

Peut-être as-tu déjà rencontré ce territoire toi aussi. Celui où tu peux continuer à tenir à quelque chose tout en cessant de vouloir l’obtenir de cette façon-là. Où tu peux modifier un rythme sans abandonner une intention, changer de chemin sans renoncer à ce qui compte.

Accepter le réel ne ferme donc pas nécessairement les possibles. Cela peut, au contraire, en faire apparaître de nouveaux.

De l’acceptation à l’action plus juste

Dans mon cas, la réponse qui est apparue n’avait finalement rien de spectaculaire. Je n’avais pas besoin d’inventer une nouvelle stratégie de lancement ni de fixer immédiatement une autre date. J’avais surtout besoin de revenir à ce que je voulais réellement faire vivre.

Le Jardin des Vivants n’avait jamais été, dans mon esprit, quelque chose que je souhaitais lancer à grand renfort de pression, avec une date butoir et l’obligation de réunir suffisamment de personnes pour que « ça marche ». Je l’avais plutôt imaginé comme quelque chose qui pourrait se construire progressivement, au fil des rencontres et des soirées Élan-Vie. Créer des espaces, rencontrer des personnes, laisser des liens se tisser et voir ce qui pousse.

C’était beaucoup plus proche de mon intention initiale.

Curieusement, il m’a fallu cette accélération pour m’en souvenir.

Et c’est peut-être là que se trouve une différence essentielle entre faire moins et agir plus juste. L’un n’implique pas nécessairement l’autre. Parfois, l’action juste demandera de ralentir, de reporter ou de renoncer à quelque chose. Une autre fois, elle pourra demander de décider rapidement, de travailler intensément, de prendre un risque ou de faire enfin ce que nous repoussions depuis longtemps.

La question n’est donc pas tant de savoir à quelle vitesse nous avançons que de savoir ce qui nous met en mouvement.

Est-ce la peur que quelque chose nous échappe ? L’idée qu’il faut absolument obtenir un résultat ? La difficulté à accepter que les choses ne se déroulent pas comme prévu ? Ou sommes-nous encore capables de regarder la situation telle qu’elle est et de choisir, à partir de là, ce que nous voulons vraiment faire ?

Nous n’avons évidemment pas besoin de transformer chacune de nos décisions quotidiennes en grande introspection existentielle. En revanche, lorsque nous sentons que tout commence à s’accélérer en nous, cela peut devenir un signal.

Non pas forcément qu’il faut ralentir.

Qu’il est peut-être temps de s’arrêter suffisamment longtemps pour retrouver le choix.

Et si l’urgence devenait un signal ?

Je repense aujourd’hui à ces quelques jours avec une certaine tendresse. Pas parce que j’aurais décidé qu’ils étaient nécessaires ou que « tout arrive pour une raison ». Je me suis mise sous pression, un problème technique a empêché la soirée d’avoir lieu et je me serais volontiers épargné l’ensemble.

En revanche, cette expérience m’a permis de voir très concrètement un mécanisme que cet été autour de l’acceptation m’avait déjà amenée à explorer sous d’autres formes : lorsque la réalité résiste, notre premier réflexe peut être de pousser plus fort. Et plus nous poussons, plus il devient difficile de sentir si nous avançons encore dans une direction qui nous ressemble.

Alors, la prochaine fois que je sentirai le temps se resserrer et cette petite voix commencer à répéter vite, vite, il faut encore…, j’aimerais me souvenir que l’urgence n’est pas seulement une invitation à accélérer.

Elle peut aussi être le signal qu’il est temps de faire un STOP.

Regarder ce qui est là. Accepter que, pour cet instant au moins, la réalité soit celle-ci. Non pas pour renoncer ou décider que tout va bien. Simplement pour retrouver, au milieu du bruit et de l’urgence, l’espace nécessaire pour choisir la suite.

Et peut-être, alors, laisser émerger une autre question :

À partir de ce qui est, qu’est-ce qui me semble juste maintenant ?

Explorer plus loin

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