Introduction
Le Life Design est à la mode. Inspiré du design thinking, il propose de concevoir sa vie comme un projet, avec des outils concrets pour avancer : explorer différentes pistes, prototyper ses choix, ajuster ses trajectoires. L’idée séduit, surtout dans un monde où les transitions professionnelles et personnelles se multiplient.
Une question persiste pourtant : et si la vie ne se “designait” pas comme un objet à fabriquer, et qu’elle s’écoutait plutôt comme un organisme vivant, en perpétuelle adaptation ?
Qu’est-ce que le Life Design ?
Le Life Design a été développé à Stanford par Bill Burnett et Dave Evans. Il repose sur quelques principes simples :
considérer sa vie comme un champ d’expérimentation ;
explorer plusieurs scénarios possibles ;
tester, ajuster, corriger, comme on le ferait pour un produit ou un service.
Cette approche a des atouts indéniables : elle met en mouvement, elle libère de l’idée qu’il existerait un seul “bon chemin”, elle aide à transformer un flou existentiel en actions concrètes.
Appliqué tel quel, le Life Design peut toutefois créer une pression subtile : celle de vouloir optimiser sa vie en permanence, de chercher la version la plus performante de soi, comme si l’existence devait être parfaitement contrôlée.
Quand les programmes ne suffisent pas (expérience personnelle)
J’ai toujours aimé apprendre. Pour moi, se faire accompagner est essentiel. C’est pourquoi, au fil des années, j’ai suivi de nombreux programmes pour développer mon activité. Certains étaient génériques, parfois très chers. D’autres plus individualisés.
À chaque fois, j’avais de grandes attentes. Et à chaque fois, je me suis sentie… à côté. Ces formats tout faits ne respectaient pas mon fonctionnement propre. Ils ne prenaient pas en compte la complexité de la vie réelle : l’extrême diversité humaine, le besoin permanent d’adaptation.
Petit à petit, j’ai compris quelque chose : ces programmes ne sont pas inutiles. Ils offrent un cadre. Et c’est justement dans le cadre que la créativité peut naître. Ce n’est pas en suivant chaque règle établie que j’avance, c’est en laissant émerger mes propres solutions à l’intérieur de ce cadre.
Un exemple marquant : au cours d’un accompagnement que j’ai suivi il y a environ un an, j’ai choisi de développer mon activité autour de l’image du capteur de rêves. Cette symbolique me paraissait alors forte, l’univers visuel fonctionnait bien et le concept parlait à beaucoup de personnes.
Avec le temps, j’ai senti un décalage. Le capteur de rêves n’est pas central dans ma vie. Il ne correspond pas à ce qui m’anime profondément. C’était une belle idée, porteuse d’énergie, qui hélas ne venait pas de mon noyau. Alors j’ai accepté d’entrer dans une mue : me délester de ce symbole qui ne me représente pas totalement pour revenir à ce qui pulse vraiment en moi — la quête intérieure, l’élan vivant, l’exploration continue de la transformation.
Ce processus est en cours. Il n’est pas figé. Et c’est cela qui me met en joie aujourd’hui : avancer au rythme de ce qui se révèle, sans chercher à enfermer ma vie dans une identité définitive.

Quand l’élan est ailleurs (expérience d’accompagnement)
Je pense aussi à une cliente convaincue qu’elle devait se lancer en tant qu’indépendante. Tout son entourage le lui répétait : “C’est ça, la liberté !”
Elle traversait pourtant une situation familiale et financière très complexe. Ce n’était pas le moment.
Mon rôle n’était pas de lui dire quoi faire, c’était celui de l’aider à écouter son vrai besoin du présent. Ce travail intérieur lui a permis de voir clair : pour l’instant, retrouver un travail salarié était l’option la plus juste. Elle a pris cette décision, et l’effet a été immédiat : un apaisement profond, une stabilité retrouvée.
Loin de la culpabilité de “renoncer” à un rêve, elle a découvert une autre forme de liberté : celle de marcher en accord avec son rythme, au lieu de suivre des injonctions extérieures.
La limite du Life Design classique
Ces deux expériences — la mienne et celle de ma cliente — mettent en lumière une tension clé :
Le Life Design est utile pour ouvrir le champ des possibles.
Appliqué comme une méthode universelle, il peut déconnecter du vivant, de la complexité réelle, des élans intérieurs.
Car la vie n’est pas un projet linéaire. Elle ressemble davantage à une spirale, faite d’expérimentations, de cycles, de contextes changeants. Chercher à la designer trop précisément, c’est risquer d’étouffer la sève qui cherche à circuler.
Une autre voie : écouter le vivant
Et si la vraie question plutôt que “comment designer ma vie ?” était“comment écouter ce qui cherche à naître en moi ?”
Dans mon approche, je n’invite pas à dessiner un plan parfait, j’invite à créer des espaces d’élan :
un cadre suffisamment structurant pour soutenir la créativité,
et suffisamment souple pour laisser émerger les solutions singulières de chacune.
C’est dans cette tension fertile entre cadre et liberté que s’ouvre le chemin.
Conclusion – Une vie qui se mue
Le Life Design propose des outils utiles, et je reconnais leur valeur. Même si je n’ai pas suivi directement cette méthode, je m’en suis inspirée via mon expérience professionnelle, notamment dans le domaine de l’intélligence collective. Ils m’ont permis d’avancer, de poser des cadres, d’oser explorer. Pourtant, l’expérience m’a montré une chose essentielle : la vie ne se laisse pas enfermer dans un modèle, aussi inspirant soit-il.
Aujourd’hui, je vis ma propre mue. J’ai appris à honorer les cadres extérieurs sans les laisser définir qui je suis. J’ai découvert que ce qui compte, ce n’est pas de “designer” sa vie. Ce qui compte vraiment est de s’accorder à l’élan qui se révèle pas à pas.
Cette mue n’est pas terminée. Elle ne le sera sans doute jamais. Et c’est précisément cela qui rend l’existence vivante : accepter de se transformer, encore et encore, pour rester en résonance avec ce qui pulse à l’intérieur.
C’est cette expérience que je partage à travers mes propositions. Dans L’Élan-Vie, nous créons un espace pour souffler, écouter et sentir ce qui cherche à naître maintenant. Dans mes accompagnements, j’invite à traverser sa propre mue pour redevenir l’artiste de sa vie, dans une liberté qui ne vient pas d’un modèle extérieur. Elle provient d’un accord intime avec soi-même.