Sois-toi-même, ne triche pas, emprunte ton propre chemin.

Infobésité : et si ralentir était le remède que nous avions oublié ?

Trop d'info épuise parfois !
Vous accumulez livres, formations et conseils sans parvenir à avancer ? Découvrez comment l'infobésité peut nous éloigner de nous-mêmes et pourquoi ralentir permet souvent de retrouver son élan intérieur.

Fais circuler ce qui vibre 

Corinne relax, dans le bois de Païolive

« Nous ne manquons pas toujours d'élan. Nous manquons parfois d'espace pour l'entendre. »

Pendant des années, j’ai cru qu’il me manquait encore quelque chose.

Un livre.

Une formation.

Une méthode.

Un éclairage supplémentaire.

J’ai toujours aimé apprendre. Comprendre. Explorer. Relier les idées entre elles. Cette curiosité fait profondément partie de moi.

Au fil du temps, j’ai accumulé les livres, les conférences, les podcasts, les formations. Il m’est souvent arrivé d’avoir plusieurs programmes en cours en même temps. Lorsqu’une nouvelle proposition semblait répondre à mes questions du moment, j’avais beaucoup de mal à ne pas l’acheter.

Les professionnels du web sont d’ailleurs passés maîtres dans l’art de créer un sentiment d’urgence : bonus réservés aux premiers inscrits, offres limitées dans le temps, cadeaux supplémentaires pour celles et ceux qui décident rapidement…

Je sentais bien que cette pression me mettait en tension. Pourtant, je continuais.

Jusqu’au moment où j’ai commencé à voir qu’il ne s’agissait plus seulement d’une soif d’apprendre.

Quelque chose ressemblait davantage à une forme de boulimie informationnelle.

Petit à petit, j’ai réalisé que j’étais rassasiée depuis longtemps. Pourtant, je continuais à consommer des contenus, comme si une réponse essentielle m’attendait encore quelque part.

J’avais l’impression de continuer à manger alors que je n’avais plus faim.

Et, comme après un repas trop copieux, je me sentais souvent lourde.

Alors j’ai commencé à ralentir.

Pas parce qu’apprendre est inutile. J’aime toujours profondément apprendre.

Simplement parce que j’étais saturée.

Et si le problème n’était pas un manque d’informations ?

Et s’il y avait simplement trop de bruit ?

L’infobésité : toujours plus de réponses… pour quoi faire ?

Nous vivons dans une époque fascinante.

Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons eu accès à autant de connaissances. En quelques clics, nous pouvons écouter un podcast sur la connaissance de soi, suivre une formation en ligne, regarder une conférence inspirante, demander conseil à une intelligence artificielle ou recevoir chaque jour des dizaines de newsletters.

Cette abondance est une richesse extraordinaire.

Pourtant, elle possède aussi son ombre.

Car accumuler des informations ne signifie pas nécessairement se transformer.

Nous pouvons connaître parfaitement les mécanismes du stress, avoir lu plusieurs livres sur les relations humaines, suivi des formations sur le développement personnel, et continuer malgré tout à reproduire les mêmes schémas.

Comme le rappelle Thomas d’Ansembourg :

« Un livre informe. Seule la pratique transforme. »

J’ai longtemps cru qu’il me fallait encore apprendre avant d’oser agir.

Encore comprendre avant de choisir.

Encore me former avant de me sentir légitime.

Aujourd’hui, je me pose une autre question :

Mon accumulation d’informations nourrit-elle réellement mon élan… ou le disperse-t-elle ?

Car il arrive parfois que plus nous accumulions de réponses extérieures, plus nous nous éloignions de notre propre voix.

À force d’écouter ce que les autres pensent, proposent ou recommandent, nous pouvons finir par ne plus entendre ce qui cherche à émerger en nous.

Et si certaines réponses n’apparaissaient qu’à la vitesse du vivant ?

Pile de livres illustrant l'infobésité et la surcharge d'informations

Pourquoi est-il si difficile de ralentir ?

Récemment, j’ai écouté une soirée d’échange entre Thomas d’Ansembourg et Gabin Bellet autour d’une question toute simple en apparence :

Pourquoi est-il si difficile de ralentir ?

Cette conférence m’a profondément touchée, parce qu’elle mettait des mots sur quelque chose que je vis depuis longtemps.

Pourquoi est-ce si difficile de ralentir ? – Thomas d’Ansembourg & Gabin Bellet

Au fil de leurs échanges, une idée m’est apparue avec encore plus de clarté : si nous continuons à accumuler autant d’informations, ce n’est peut-être pas uniquement parce que nous aimons apprendre.

Parfois, nous cherchons encore et encore parce qu’il est difficile de s’arrêter.

Parce que ralentir nous confronte à nous-mêmes.

Que se passerait-il si nous arrêtions de chercher pendant quelque temps ?

Cette question peut sembler anodine. Pourtant, elle ouvre une porte vertigineuse.

Peut-être avons-nous peur de nous ennuyer.

Peur du vide.

Peur de perdre notre élan.

Peur de ne plus savoir qui nous sommes lorsque nous cessons de produire, d’apprendre ou d’avancer.

Ou peut-être craignons-nous de découvrir que certaines activités, certains projets, voire certains choix de vie ne correspondent plus tout à fait à la personne que nous sommes aujourd’hui.

Thomas d’Ansembourg évoque aussi une autre question essentielle : ai-je encore la même valeur si je ralentis ?

Notre société valorise énormément le faire, la performance, l’utilité, la productivité. Il n’est donc pas étonnant que le repos suscite parfois de la culpabilité.

Ne rien faire peut donner l’impression d’être inutile.

Prendre du temps pour soi peut parfois sembler égoïste.

Et pourtant, combien d’entre nous continuent à courir alors même qu’ils sont épuisés ?

Je me suis souvent reconnue dans cette course permanente.

Non pas une course visible de l’extérieur.

Une course intérieure.

Toujours une nouvelle idée à explorer.

Un nouveau livre à lire.

Une nouvelle piste à investiguer.

Comme si la prochaine information allait enfin apporter la pièce manquante du puzzle.

Au fond, je crois que je cherchais parfois à l’extérieur ce que seul un espace de silence pouvait me permettre d’entendre.

Et si l’infobésité était parfois une façon très sophistiquée d’éviter la rencontre avec soi-même ?

Cette question mérite peut-être d’être posée, avec douceur et sans jugement.

Car ralentir n’est pas toujours confortable.

Ralentir demande souvent du courage.

Ce que j’ai découvert en ralentissant

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression qu’il me manquait encore quelque chose avant de pouvoir avancer sereinement. Une formation supplémentaire, une méthode plus adaptée, un nouvel outil, un éclairage inédit. Je savais pourtant déjà énormément de choses. J’avais lu, expérimenté, suivi de nombreux accompagnements. Pourtant, cette sensation persistait : il me fallait encore apprendre avant d’oser pleinement être moi-même et déployer mon activité comme je le souhaitais.

Puis, progressivement, j’ai commencé à ralentir ce mouvement.

Au départ, il ne s’agissait pas d’une décision philosophique ou spirituelle. J’étais simplement saturée. J’avais atteint une forme de trop-plein intérieur. Même lorsque les contenus étaient passionnants, je ne parvenais plus réellement à les intégrer. J’avais la sensation d’être devenue une collectionneuse de réponses.

Le simple fait de ne plus acheter immédiatement lorsqu’une nouvelle proposition apparaissait a changé beaucoup de choses. J’ai commencé à laisser passer du temps. À ne plus décider dans l’urgence. À observer ce qui se passait en moi lorsque je ne cédais pas à l’impulsion.

Et, contre toute attente, je n’ai pas ressenti un manque.

J’ai ressenti du soulagement.

Comme si, enfin, je cessais de remplir une assiette déjà pleine.

Comme si de l’espace se recréait à l’intérieur.

Cet espace nouvellement disponible a permis à autre chose d’émerger. Au lieu de partir des réponses proposées par les autres, j’ai commencé à partir de mes propres questions. J’ai repris l’écriture. J’ai laissé venir des collages, des dessins, des associations d’idées. J’ai recommencé à explorer ce qui me traversait réellement, sans chercher immédiatement à valider ou à comparer ce que je découvrais avec une méthode extérieure.

Petit à petit, des éléments oubliés de mon propre parcours sont remontés à la surface. J’ai retrouvé des fils que j’avais laissés de côté. J’ai pu relier des expériences, des projets, des intuitions qui, jusque-là, me semblaient dispersés. Mon fil rouge personnel est apparu avec davantage de clarté.

Cette démarche a également profondément transformé mon activité professionnelle. J’ai reconstruit mon site internet à partir de ce qui était vivant pour moi, et non à partir de ce que les experts du marketing affirmaient qu’il fallait faire. Pour la première fois depuis longtemps, je ne cherchais plus à entrer dans un modèle préexistant. J’essayais simplement de donner une forme à ce qui cherchait à vivre en moi.

J’ai cessé de construire mon activité à partir de ce que je devais faire.

J’ai commencé à la construire à partir de ce qui m’appelait.

Je continue d’apprendre avec plaisir. La différence est qu’aujourd’hui, j’essaie de laisser davantage de temps à ce que j’ai déjà reçu pour s’incarner dans ma vie. Car certaines compréhensions ne naissent pas dans une formation supplémentaire.

Elles émergent dans l’espace que nous nous autorisons enfin à retrouver.

Ralentir n’est pas perdre son élan

Pendant longtemps, j’ai cru que ralentir signifiait renoncer.

Renoncer à apprendre. Renoncer à créer. Renoncer à contribuer. Renoncer à faire grandir mes projets.

J’avais peur qu’en levant le pied, mon enthousiasme disparaisse lui aussi. Comme si mon élan dépendait de cette agitation permanente.

En réalité, j’ai découvert exactement l’inverse.

Lorsque nous sommes constamment en train d’ingurgiter de nouvelles informations, de répondre à des sollicitations, de passer d’une idée à une autre, notre énergie finit souvent par se disperser. Nous avons parfois l’impression d’être très vivants parce que nous sommes très occupés. Pourtant, comme le souligne Thomas d’Ansembourg, nous prenons souvent notre agitation pour de l’intensité.

L’agitation donne l’impression de vivre intensément.

L’intensité véritable naît souvent ailleurs.

Elle apparaît lorsque nous nous sentons profondément reliés à ce que nous faisons. Lorsque nos actions ne sont plus dictées principalement par la peur de manquer, par la culpabilité, par le besoin d’être reconnu ou par l’urgence permanente, mais par quelque chose de plus intime : un élan.

En ralentissant, j’ai découvert que je ne manquais pas d’idées. Je manquais surtout d’espace pour laisser mûrir celles qui étaient déjà là.

Certaines intuitions ont besoin de silence.

Certaines décisions ont besoin de temps.

Certains projets ont besoin de traverser plusieurs saisons avant de trouver leur forme juste.

Nous vivons dans une culture de l’immédiateté. Nous aimerions souvent savoir tout de suite. Comprendre tout de suite. Décider tout de suite. Réussir tout de suite. Pourtant, la plupart des processus vivants ne fonctionnent pas ainsi. Un arbre ne pousse pas plus vite parce que nous tirons sur ses branches. Une graine a besoin de temps, d’obscurité, d’eau et de patience pour devenir une fleur.

Il en va souvent de même pour nos projets, nos aspirations profondes et notre propre chemin intérieur.

Ralentir n’est donc pas faire moins par principe.

Ralentir, c’est peut-être apprendre à distinguer ce qui nourrit réellement notre vie de ce qui la disperse.

C’est accepter qu’il nous faudra parfois renoncer à certaines possibilités pour honorer celles qui comptent vraiment.

C’est aussi reconnaître que nous sommes des êtres finis dans un monde aux possibilités infinies. Nous ne pourrons pas tout lire, tout apprendre, tout expérimenter, tout vivre.

Et ce n’est pas grave.

Car lorsque nous cessons de courir après toutes les directions possibles, nous pouvons enfin nous consacrer pleinement à celles qui nous appellent vraiment.

Ralentir n’est pas perdre son élan. C’est cesser de le disperser.

Alors, peut-être que la question n’est pas : Comment puis-je faire davantage ?

Peut-être serait-elle plutôt :

Que souhaité-je réellement vivre lorsque je cesse enfin de courir ?

Conclusion

J’aime toujours apprendre.

J’aime toujours découvrir de nouvelles approches, écouter des conférences inspirantes, lire des livres qui ouvrent des perspectives inédites. Je ne crois pas qu’il faille renoncer aux savoirs extérieurs. Ils peuvent nous éclairer, nous soutenir, nous ouvrir des portes que nous n’aurions pas imaginées seuls.

La différence, aujourd’hui, est que j’essaie de laisser davantage de temps à ce que j’ai déjà reçu pour prendre racine.

Car certaines compréhensions ne naissent pas dans un livre supplémentaire, une nouvelle formation ou une réponse trouvée sur Internet.

Elles émergent dans le silence.

Dans une promenade.

Au détour d’une page d’écriture.

Dans un collage improvisé.

Ou simplement dans cet espace retrouvé où nous cessons, pour un temps, de chercher.

Alors, peut-être qu’avant de nous précipiter vers une nouvelle réponse, nous pourrions nous poser une question :

Que souhaité-je réellement vivre lorsque je cesse enfin de courir ?

Et si, avant de chercher davantage, nous nous offrions simplement un peu d’espace pour entendre ce qui cherche déjà à émerger en nous ?


Un grand merci à Thomas d’Ansembourg et Gabin Bellet pour leur conférence « Pourquoi est-ce si difficile de ralentir ? ». Leurs échanges ont nourri mon interrogation du moment et m’ont aidée à mettre des mots plus justes sur ce qui m’habite actuellement.

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